La fourbure est l’une des pathologies les plus douloureuses et invalidantes du cheval. Heureusement, la prévention alimentaire et environnementale est aujourd’hui très bien documentée. Comprendre les mécanismes et adapter la ration permet d’éviter la plupart des crises. Nous nous appuyons ici sur les recommandations de l’INRAE et les principes du écurie active et paddock paradise pour vous guider concrètement, en cohérence avec l’alimentation du cheval que nous détaillons sur le site.

Comprendre la fourbure : un drame podologique
La fourbure (ou laminitis) est une inflammation des lamelles du sabot, ces structures qui relient l’os du pied (P3) à la paroi cornée. Quand l’inflammation s’aggrave, ces lamelles se déchirent et P3 peut basculer ou s’enfoncer dans le sabot. À ce stade, les dégâts sont parfois irréversibles. La douleur est intense et chronique.
Les trois grands facteurs déclenchants
- Surcharge glucidique : excès d’amidon ou de sucres rapides dans la ration ou via l’herbe riche.
- Désordres métaboliques : syndrome de Cushing (PPID) et syndrome métabolique équin (EMS).
- Surpoids et inactivité : un cheval en embonpoint chronique multiplie par 3 le risque.
Le rôle clé de l’herbe et du moment de pâturage
L’herbe contient des fructanes, sucres de réserve qui s’accumulent dans la plante en fonction de la météo. Une herbe qui pousse par jour ensoleillé et nuit froide (typique du printemps et de l’automne) peut contenir 4 à 5 fois plus de fructanes qu’une herbe d’été. Ces sucres rapides fermentent dans le côlon et déclenchent la cascade inflammatoire de la fourbure.
Limiter l’accès au pré : panier ou plage horaire
- Sortir le cheval tôt le matin (5 h-10 h), quand le taux de fructanes est le plus bas.
- Éviter les milieux de journée ensoleillés en printemps et automne.
- Utiliser un panier de pâturage ajusté qui réduit l’ingestion d’environ 70 %.
- Mettre en place un track system (paddock paradise) qui rationne naturellement.

Construire une ration anti-fourbure
La base reste le foin. Privilégiez un foin tardif, fauché en fin de floraison, à faible teneur en sucres et fructanes (idéalement moins de 10 % de matière sèche, vérifiable par analyse en laboratoire). Pour les chevaux sensibles, le trempage du foin 30 à 60 minutes dans l’eau froide réduit la teneur en sucres de 20 à 30 %.
Ce qu’il faut bannir
- Avoine, orge, maïs et tous les mash sucrés.
- Compléments mélassés (la plupart des friandises industrielles).
- Pommes et carottes en grandes quantités chez un cheval à risque.
- Herbe gelée puis dégelée (pic de fructanes).
À la place, optez pour des fourrages à index glycémique bas (graminées tardives, luzerne en petite quantité), des compléments minéraux sans mélasse et, si besoin énergétique, des huiles végétales (colza, lin) en faible quantité. La consultation d’un nutritionniste équin certifié est précieuse pour les chevaux Cushing ou EMS.

Surveillance du poids et activité quotidienne
Un cheval qui bouge 16 heures par jour métabolise mieux ses sucres. Le mode de vie en paddock paradise, qui force le déplacement entre points d’eau, foin, abri, est l’un des meilleurs outils préventifs. Mesurez la note d’état corporel mensuellement (échelle 1 à 9, viser 5). Une crête cervicale grasse et des dépôts de gras au-dessus de la queue sont des signaux d’alerte d’EMS.
Questions fréquentes
Mon cheval a fait une fourbure : peut-il remonter ?
Cela dépend du degré de bascule de P3. Avec un parage adapté (souvent en pieds nus avec un maréchal podologue), une gestion alimentaire stricte et beaucoup de patience, de nombreux chevaux récupèrent une activité au pas, voire au trot. La rééducation se compte en mois, pas en semaines.
Le poney est-il plus sensible que le cheval ?
Oui. Les poneys et les races « rustiques » (Shetland, Welsh, Camargue) sont génétiquement adaptés aux pâturages pauvres. Sur une herbe française cultivée, ils prennent du poids très rapidement et développent fréquemment un syndrome métabolique équin. Une gestion préventive stricte est indispensable dès le sevrage.
Cet article a une vocation informative et ne se substitue jamais à un avis vétérinaire pour tout symptôme, blessure ou changement de comportement de votre cheval. Article mis à jour le 1er juin 2026.